Exposition du 6 au 27 mars 2027
Photographe (et réalisateur) Jean-Marc Birraux aime mettre en scène les musiciens de jazz. Ses photos sont rarement à prendre au premier degré : presque toujours y figure une note d’humour ou un clin d’œil (malicieux) adressé au spectateur.
La série de photos présentées à la librairie l’Esperluète de Chartres illustre particulièrement cette « vision » assez singulière, il faut le reconnaître, dans l’univers de la photographie de jazz. Un premier ensemble de clichés joue avec l’identité du musicien qui a le visage plus ou moins dissimulé par sa posture (le bassiste Hayes Burnett courbé sur son instrument), par l’ombre de la scène (Elvin Jones pris par ailleurs de profil), un chapeau (Michel Petrucciani), des lunettes ou tout type d’objet qui rend problématique sa « reconnaissance ». L’intention de la photographie, qui est chargée habituellement de montrer, de donner à voir, d’identifier, se trouve ici « chahutée ».
Autre moyen exploré par Jean-Marc Birraux : le choix des décors inattendus et des situations décalées qui placent le musicien dans un « ailleurs » de la musique (même si elle n’est jamais loin) :Jean-Luc Ponty joue ainsi du violon dans une cage d’escalier tandis qu’un personnage imaginaire, peint à fresque, lui fait signe de ne pas faire de bruit. Steve Lacy mimant une œuvre du peintre américain Keith Haring ou Dave Liebman face à son chat mélomane illustrent aussi les intentions humoristiques du photographe, lequel ne dédaigne pas non plus de suggérer, dans ses clichés, de véritables petits contes (Carla Bley rejoue l’histoire de Cendrillon) ou de petits récits comiques ou surréalistes (Daniel Humair avec une scie à la main) fondés sur le travestissement amusant de tous ces illustres musiciens.
On peut finalement se demander si cette manière de considérer la photographie ne rejoint pas un des aspects essentiels du jazz tourné vers l’humour et la bonne humeur.




